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Sortir, dehors. Dare not to.

Vous savez quand je racontais dans ma dernière conférence, et dans mon livre, que l’important n’était pas de voir ou de penser, mais de sentir, quoi faire et quand le faire ?

Eh bien c’était un excellent conseil. J’aurais mieux fait de le suivre.

Parfois, on se lance dans des projets qui ne nous tentent qu’à moitié. Je ne parle pas de peur, même s’il y en a sans doute un peu, mais d’instinct. Il y a cette petite voix en nous qui nous dit « N’y va pas. Ça ne te fera pas de bien. »

Alors, toi, tu essaies de te convaincre que c’est encore la Résistance. Tu en parles autour de toi. Les gens ont confiance en toi, ils te disent de cesser de te dévaloriser, que c’est ton syndrome de l’imposteur qui parle. Tu te dis que si c’est la Résistance, alors il faut l’abattre. Tu analyses. Mais, tout de même, là, au fond, il y a cette chose que tu as assimilée à de la peur qui se débat. Et tu l’enfouis. Tu essaies de l’ignorer. Tu y vas. De toute façon tu as commencé, alors il faut finir.

Allons, sa barbe n’est pas si bleue, tu te raisonnes.

Et tu as tort. Ce sont tes tripes qui ont raison. Certaines peurs sont utiles et c’est là qu’on les appelle instinct.

Comment j’ai fini par admettre que je n’avais pas envie de continuer, je n’ai pas envie de le détailler ici, parce que ce n’est pas le coeur du sujet finalement. Cette vidéo est là pour vous expliquer pourquoi je n’irai pas au bout du kickstarter destiné à la traduction de L’Art de la Pose, pourquoi je ne veux plus communiquer autour de lui.

Ce sera maladroit parce que je me suis rendu compte que je ne savais pas faire autrement, et c’est tant mieux.

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Dans ta cuve ! Conférence au salon de la photo

Dans ta Cuve !, c’est une association qui promeut les procédés argentiques. Anaïs et Rémy, deux de ses membres, m’ont accueillie ce jeudi sur le stand (ou plus exactement sur l’Espace argentique) pour une conférence sur laquelle j’ai eu un peu carte blanche, et dont voici la vidéo, gentiment captée par Jean-Luc Manh.

Comme vous le voyez, je ne suis toujours pas conférencière professionnelle, mais je fais de mon mieux pour m’améliorer à chaque fois. Je suis un peu partie en improvisation par moments, mais j’avais tout de même écrit les lignes générales de mon « discours » en amont ; je voulais vous en partager le texte :

•••

Quand j’ai commencé à poser, il y a neuf ans, j’étais rassurée par les photographes qui mettaient leur appareil en mode rafale. Ils me disaient que c’était parce qu’une bonne photo se jouait à l’instant, à la seconde près, au petit fragment d’émotion un instant ici, et le suivant enfui. Ils voulaient le capturer, cet instant, et surtout surtout ne pas lui laisser la moindre possibilité de s’enfuir. Moi je ne questionnais pas cette démarche, je me disais qu’au moins, comme ça, il y en aurait bien une de bonne, par accident peut-être, mais une.

Et puis comme je prenais en expérience il m’a semblé que ça, c’était une approche industrielle de la photo. Que c’était fondé sur une logique statistique : si je couvre un plus grand nombre d’instants en déclenchant, alors j’ai un plus grand poucentage de chances de capter “le bon” instant, quoi que ça veuille dire. Finalement, travailler selon cette logique, c’est pour le photographe renoncer à toute forme de prise de décision au moment de la prise de vues, et pour le modèle accepter une simple place d’objet à photographier, sans interactivité avec le photographe. On se disait un jour avec un ami que finalement on ne voyait pas ce qui se passait à l’instant précis où on déclenchait, que c’était comme renoncer à être témoin d’un instant pour l’offrir au monde, mais là c’était renoncer à toute la rencontre et n’avoir au final rien à offrir. Ils étaient seuls derrière leur objectif, j’étais seule devant, et entre nous il y avait la barrière infranchissable des clac-clac-clac-clac-clac du miroir.

Et puis ce n’était pas très intéressant de faire de bonnes photos par accident, pas si l’accident était programmé.

Et puis c’était quoi de bonnes photos ? C’est quoi une bonne pose ?

Pour moi une bonne pose c’est un endroit où la vulnérabilité rencontre une certaine forme de maîtrise. La vulnérabilité parce que ça ne se limitera jamais à disposer ses muscles dans une certaine posture et attendre que l’image soit figée. Parce qu’il faut aller chercher, au fond de soi, une certaine émotion. Et la maîtrise parce qu’il ne suffit pas de savoir ouvrir la boîte, il faut aller y chercher ce dont on a besoin pour la photo qu’on essaie de faire, et parfois d’autres choses sortiront, et peut-être que ce sera encore mieux, et c’est important de se laisser surprendre, mais convoquer l’émotion voulue c’est quand même la première chose dont on a besoin.

Et le truc, c’est que le mouvement pour savoir et sortir ce dont on a besoin se joue en aller-retour, entre le ou la photographe et le modèle. Je vais donner quelque chose, qui sera reçu par l’autre, qui me le renverra sous une autre forme, chargé de son regard, et ainsi de suite.

“Me voilà.”
“Je te vois.”
“Je te vois me voir, et je l’accepte.”

Il y a vraiment cette sensibilité à développer dans la relation entre photographe et modèle, où celui ou celle qui déclenche le fait en sentant, plus qu’en ne le voyant, le bon moment, et où, aussi, celui ou celle qui pose sent le moment du déclenchement et la nature du regard qui est porté, en plus de la lumière et de l’angle de l’objectif. Évidemment qu’on peut s’entraîner à voir quel effet visuel est rendu quand notre corps est dans telle ou telle position, quand on déplace très légèrement tel muscle ou qu’on modifie insensiblement la tension dans tel autre, mais sincèrement, ce qui permet à deux acteurs d’une photographie de travailler vraiment ensemble, c’est le fait de tisser ce réseau presque organique entre deux égaux, et non entre celui ou celle qui regarde et celui ou celle qui est regardé•e.

J’aime bien l’argentique en fait, parce que, même si on ne peut pas dire que ça nous force à entrer dans ce rapport – si tu ne veux pas te connecter tu ne te connecteras pas -, il y a au moins cette tentation de remplacer la connexion par de la statistique qui est évacuée d’office. On a, il me semble, davantage le réflexe de prendre le temps de sentir la scène, comme on devrait toujours le faire, en fait. Ce qui ne veut pas dire qu’on se prive de saisir des choses à la volée, comme je l’ai d’ailleurs appris à mes dépens.

En fait il y a quelque chose de très curieux dans l’activité de modèle, parce que c’est un moment où on puise dans notre intimité pour le cadre professionnel, comme le ferait un comédien ou une comédienne, et qu’on doit de fait être à trois endroits en même temps. Celui où je donne, celui où je reçois (des instructions, un regard, une indication), et celui où je reste conscient ou consciente de tout ce qu’il y a autour. Il faut être totalement là, et totalement dans son corps, jusqu’au bout de chaque membre.

Je vois beaucoup le modèle comme un catalyseur, non seulement de cette interaction particulière, mais de tout ce qu’il y a autour. Le décor ou son absence. La tenue ou son absence. Le hors-champ. Le fait de ne jamais savoir exactement où se trouve le bord du cadre. On doit assimiler tout ça, l’entremêler de notre propre matériau, bouger à partir de notre centre, et ensuite tout renvoyer vers l’objectif et avoir cet échange qui dure le temps qu’il dure et se termine toujours sur nous, parce que ce qui est fixé c’est notre image et ce que cette interaction a fait d’elle, et c’est elle aussi qui parle en dernier lieu.

Ça, c’est comment le fait de poser et donc de travailler sur l’image m’a permis de me rapprocher en fait de mon corps et de m’y ancrer à nouveau. Mais le fait qu’il y aie cette intimité de circonstance qui se crée – qui peut se transformer ensuite en vrai lien, on a le droit de devenir amis – sur une séance photo peut amener certains photographes à avoir un sens des limites qui se brouille, voire disparaît.

Consciente de la difficulté d’appréhender un rapport aussi particulier, je me suis attelée à écrire un livre sur les modèles pour non seulement bien expliquer ce qu’était la pose, pour donner une voix aux modèles dont le point de vue est très souvent invisible, mais aussi pour aider celles et ceux qui aimeraient se lancer à poser des limites et à détecter des interactions qui ne seraient pas saines et tournées vers l’art et/ou le travail. Apparemment c’est vraiment compliqué parce que cette semaine j’ai vu passer sur Amazon un livre qui donnait des conseils pour séduire en séance photo, au calme. C’est juste l’automne 2017, on est bien. En pleine période de libération de la parole ça passe, c’est complètement la chose à faire.

Alors moi une fois en séance photo j’ai eu un maquilleur que j’ai trouvé très charmant et avec qui j’aurais sans doute flirté dans un autre contexte. Sauf qu’on était dans le contexte où il allait devoir me maquiller avec ses pinceaux et probablement ses mains, poitrine comprise, et que juste, lui faire savoir un truc pareil juste avant, ça aurait juste été malaisant. Donc je n’ai rien dit, et j’aimerais bien qu’on dise un peu plus fort que le respect de l’autre c’est aussi ne pas lui créer d’inconfort.

Poser et aller chercher des morceaux d’intime, c’est déjà inconfortable. J’ai connu des photographes qui créaient de l’inconfort à dessein, qui disaient que comme ça ils obtenaient un résultat plus “vrai” et plus “authentique”. Mais à quel moment ? Faire ça, c’est briser la relation de confiance, c’est entrer dans un rapport de domination, c’est le contraire de travailler avec quelqu’un.

Donc, bien sûr que la communication non-verbale ne va pas s’instaurer dès la première séance, mais ce qu’il faut bien garder à l’esprit c’est que vous ne pouvez pas la forcer. Déjà, si vous essayez, elle s’en ira, et ensuite il y a des chances que ce faisant vous soyiez irrespectueux. Donc, parce qu’on est là pour travailler, vous pouvez évidemment accompagner tout ça de mots, d’indications, vous pouvez mimer ce que vous voulez, mais il y a deux choses qu’un ou une photographe ne doit jamais faire.

La première, c’est de toucher le modèle sans son accord explicite.

La seconde, c’est de donner son avis sur le physique de la modèle.

Même si vous pensez que c’est gentil. Même si pour vous ce n’est pas grand-chose. Même si c’est pour lui dire que vous le trouvez beau. Même si vous croyez que c’est un compliment. Vous ne faites pas ça. Quand vous avez choisi votre modèle, vous avez vu à quoi il ou elle ressemblait sur son book, donc le simple fait qu’il ou elle soit là signifie que vous avez déjà validé son corps comme correspondant à ce que vous recherchiez pour cette séance photo. Il n’y a pas besoin de plus.

Acceptons de considérer les modèles comme des êtres humains venus faire leur travail, comme nous considérerions un acteur ou une actrice sur un plateau, et non pas comme juste des gens venus “se faire prendre en photo” avec qui on peut se permettre de surfer sur la limite entre personnel et professionnel. Apprenons à nous comprendre et alors on pourra avoir de ces interactions qui permettent de créer des images fortes, et belles, et signifiantes.

•••

Dare to translate it

J’ai fini de lire The Art of Asking il y a un moment. J’ai enchaîné sur un autre livre, et là je suis sur The Handmaid’s Tale,  que je lis lentement parce que, comme le livre d’Amanda Palmer, il tape, ô combien juste.

« Knowing better sometimes isn’t enough », écrit Dani Shapiro dans Still Writing. Dans ce cas précis j’ai beau savoir que je suis au milieu d’un tourbillon de Résistance et de rien d’autre, je ne suis pas pour autant très à l’aise. Mais je saute. Associez ça à un accent anglais perfectible, et vous obtenez cette vidéo :

Pour autant, il est temps : le kickstarter a été lancé, et il n’y a plus franchement de retour en arrière possible. Je veux essayer de traduire L’Art de la Pose – Osez le narcissisme en Dare to love yourself (and then make something out of it) – The Art of Pose.

Le truc c’est que quand j’ai écrit ce livre, je ne savais pas bien à quoi m’attendre, et peut-être bien qu’une partie de de moi se disait encore que je n’écrivais pas pour tout le monde, que ça n’allait pas intéresser les gens. J’ai été bien obligée de reconnaître que non seulement ces problématiques étaient largement partagée, mais aussi que, comme je le pressentais, c’était loin de parler uniquement des modèles, et les critiques qui en ont été faites, en privé et sur Goodreads, n’ont fait que confirmer cela.

Puis il y a eu les amis non-francophones, ceux rencontrés à l’étranger ou au détour d’Internet. Il y a eu ce moment où j’ai sorti mon eBook au milieu d’un parc pour en résumer le contenu dans un anglais trébuchant à des amis qui me pressaient de le faire traduire. Alors d’accord. Mais pour que le contenu de ce livre devienne accessible à l’internationale, je vais avoir besoin de tout le monde.

Ce que vous pouvez faire, en tant que français francophone :

• Parler du livre. Partager le lien de ce kickstarter. Inciter vos ami•e•s à faire de même.
• Parler du livre à vos ami•e•s anglophones (vous en avez forcément), à vos ami•e•s intéressé•e•s par la photographie, la pose, le féminisme, la représentation des corps, l’empowerment, bref, les thèmes abordés à l’intérieur.
• Participer vous-mêmes. Il y a plein de contributions accessibles pour les francophones : acheter la version papier du livre si vous ne l’avez pas encore (en français pour l’instant, et si nous débloquons le palier supérieur qui me permettra de l’imprimer en anglais, vous aurez un questionnaire vous demandant de choisir entre les deux versions à la fin de la campagne), vous offrir un tirage de mes photos, vous offrir une séance de coaching.

Et je suis certaine qu’il y a un tas de façons d’aider ce livre à être traduit.

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« Comme une modèle, quoi. »

Parfois, vous discutez avec quelqu’un et sa bulle de perception entre en collision avec la vôtre. Ça peut être sur une définition différente d’un même concept, le sens que vous donnez à un mot, ou une chose qui est évidente pour l’un•e de vous, mais pas pour l’autre. Ces petits moments de tension sont précieux parce que justement ils permettent de se rappeler que le monde peut parfois tourner sur un axe un peu différent pour chacun.

J’ai eu ça l’autre jour avec une amie. On organisait un atelier, je lui ai demandé si elle voulait que je prévoie des choses spécifiques, et elle m’a dit :

« Non, t’inquiète, enfin tu t’épiles… comme une modèle quoi ! »

Ce à quoi j’ai répondu « Ah, d’accord ! C’est ce genre de choses que je souhaitais que tu me précises. »

S’en sont suivies quelques minutes de conversation sur le fait que les poils c’était naturel et tout, mais que dans un cadre commercial / comme on ne s’adresse pas à des gens qui retouchent beaucoup / pour ne pas faire peur. Le corollaire de tout ceci étant que dans leur monde à eux, une photo n’a par défaut pas de poils d’aisselles, alors que dans mon monde à moi, j’ai besoin qu’on me le demande pour penser à m’épiler. Ce n’est pas que je me fiche du résultat de la photo, bien sûr. Simplement, j’en suis venue à les considérer comme une caractéristique physique banale, comme, disons, des cheveux. C’est-à-dire, donc, à ne pas vraiment les considérer.

Pourtant, il y a un an, je les rasais systématiquement. Il y a quelques mois un de mes amis était à la fois très heureux de voir que j’avais tout laissé poussé pour notre projet et à la fois en proie à un vrai sentiment d’incongruité dû au fait de les voir sur moi. J’ai longtemps fait partie de la team glabre, et j’ai décidé de laisser pousser principalement pour voir comment je me sentirais avec.

Et en fait je me suis rendu compte que je me sentais pareil. Des détails de ma vie ont changé en quelques mois. Je suis arrivée ce matin à une séance photo en lançant d’un ton joyeux « tiens je me suis rasée pour toi », là où, avant, ça aurait été « tiens je me suis laissé pousser les poils pour toi ». Le normal et l’inhabituel ont changé de place presque en silence (et maintenant je me sens en fait inconfortable avec ma peau nue au creux des bras).

Et je ne me sens pas moins modèle, pas moins professionnelle, même pas moins sollicitée, depuis que je les ai. Ils sont juste là, comme une nouvelle coupe de cheveux dont personne n’a vraiment à questionner la légitimité. Ils m’amènent, en revanche, à questionner les normes auxquelles tant que modèles, le monde s’attend à ce que nous nous soumettions.

Est-ce qu’il m’était déjà arrivé de faire un régime pour continuer à poser ? De faire du sport pour me maintenir au même poids ? Et cetera, et cetera. Et si ces questions étaient légitimes en ce sens que notre corps est notre outil de travail, à partir du moment où nous avons toujours suffisamment de photos récentes pour que notre interlocuteur sache à quoi nous ressemblons, on sort des problématiques du casting (correspondance à une recherche particulière) pour entrer dans celles de la normativité (et du fait d’être assez mince / belle / ceci ou cela pour poser).

Je sais que je vais au moins m’attirer les foudres de celleux qui font des efforts quotidiens pour garder leur « physique de modèle », quoi que recouvre, pour elleux, cette notion, mais la réponse est non. Et je ne pense pas qu’elle devrait être oui, pas quand elle est posée comme ça en tout cas. Faire du sport, manger sainement, pour s’assurer de se plaire à soi-même, se muscler pour s’assurer de ne pas se blesser pendant une séance ou en sortant de la douche, oui. Mais dans le but de s’autoriser à pratiquer une activité artistique ?

Je crois que ce qui fait tension dans cette histoire, ce n’est pas tant le fait que nous utilisions notre image, que de quelle image on attend que nous montrions. L’intérêt principal, la richesse que je vois au concept de modèle alternatif (Oui, on sait, il n’y a pas de statut juridique pour eux, eh bien surprise : ça ne les empêche pas d’exister dans la vraie vie), c’est qu’il n’est virtuellement soumis à aucune norme pour exister : ni de taille, ni de poids, ni de longueur de cheveux, ni de rien. Évidemment, la société étant ce qu’elle est, je suis obligée de reconnaître qu’un modèle féminin correspondant aux canons de beauté établis par celle-ci, toutes choses égales par ailleurs, risque d’être davantage contacté qu’un autre. Dans « toutes choses », j’englobe : la qualité du book, l’aisance à poser, la force de proposition, les qualités humaines, le professionnalisme et bien d’autres paramètres, ne me faisons donc pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais nous n’échappons pas à nos déterminations, et sortir des critères établis et de notre prédisposition à trouver beau ce qu’on nous a habitués à voir comme beau est un travail de tous les instants.

Mais si même entre modèles sensibilisées à ces problématiques-là, on commence à trouver qu’une modèle, ça s’épile, ça fait ceci ou cela, ça suit telle ou telle norme parce que c’est ce qu’un modèle fait, où cela nous emmène-t-il ? J’ai peur de l’uniformisation, alors qu’au contraire j’ai l’impression, ces dernières années, d’avoir vu une belle avancée dans la diversification des profils. J’aimerais bien que ça continue, et pas qu’on organise nous-même notre retour en arrière.

Être modèle photo en contexte de séance, c’est poser pour des photos. Ni plus, ni moins. Ce n’est pas correspondre aux normes, pas être lisse, pas ressembler à une publicité pour un gel douche. Ces choses, ce sont une liste de critères, mais certainement pas l’essence de l’activité.

Alors, s’épiler pour une séance parce qu’on nous le demande spécifiquement, oui, encore que ça reste un choix personnel et que je sois à 100% derrière celles qui refusent de le faire. Partir du principe que je dois le faire quoi qu’il arrive parce que je suis modèle, c’est non. On n’est plus dans les années 90 et les poils, c’est beau. Alors, la prochaine fois que je verrai un•e photographe accuser à cor et à cri une modèle de non-professionnalisme parce qu’elle se sera présentée non épilée, je pense que ma question ce sera : Oui, mais est-ce que tu lui avais demandé de le faire, et avait-elle accepté ?

Et si la réponse est non, j’aurai tendance à dire que c’est son problème.

(Ceci était un billet d’humeur.)

« Ils sont économiquement négligeables, c’est-à-dire socialement oubliables » – Conférence aux Hôtels d’Agar

L’un de mes amis, avec qui j’ai fait ma philosophie (pour reprendre son heureuse formulation), est commissaire d’exposition à Cavaillon, dans son musée familial appelé l’Hôtel d’Agar. De fil en aiguille, il a lu mon livre, sa famille aussi, et j’ai été invitée à faire une conférence là-bas, en marge de leur exposition sur le travail de Joël-Peter Witkin et Bernard Faucon, ce qui était un cadre plus qu’idéal pour ce que j’avais décidé de raconter.

Ça reste seulement ma troisième conférence, je vois donc une grande marge de progression, mais je sens que je gagne en confiance. Cela dit, en plus de la vidéo, je vous donne le texte que j’avais préparé !

Quand on est modèle photo, on tombe juridiquement sous la même définition que les mannequins d’agence, mais aussi les modèles posant dans les écoles d’art. Cela pose un vrai problème de statut, puisque les règles qui englobent toutes ces activités sont bien évidemment plus adaptées à l’une qu’à l’autre, rendant quasiment impossible la facturation des séances photo à un modèle qui ne serait pas en agence, et lui interdisant donc d’en vivre légalement. Mais cela dit aussi quelque chose de notre société et de la façon dont on envisage la représentation des corps aujourd’hui.

Ce n’est pas de représentation des corps dans un domaine journalistique ou de reportage, telle qu’étudiée notamment par François Soulages, dont il est question ici, mais les problématiques présentes de façon évidente dans ces domaines le sont tout autant lorsqu’on aborde le corps représenté d’un modèle, c’est à dire d’une personne qui, volontairement, prend la pose avec le but de participer à la création d’une image, que celle-ci soit ensuite à vocation purement artistique ou commerciale.

Ce que nous dit l’absence de cadre légal adapté à tout un pan de l’activité de modèle qui, pourtant, existe depuis des siècles, et qui, en photographie, est en pleine expansion en ce moment même, c’est qu’on ne veut pas entendre parler des modèles d’art. Ils ne font pas, ou très minoritairement, l’objet de grosses transactions financières comme leurs cousins les mannequins d’agence et de publicité, ils sont donc économiquement négligeables, c’est à dire socialement oubliables. Pire : ils sont indésirables. En attestent les nombreux messages haineux d’internautes que la plupart reçoivent toutes les semaines.

Et s’ils sont indésirables, c’est parce qu’ils touchent à l’essence politique de la représentation des corps. Ce n’est pas tant le fait que beaucoup soient dénudés qui est un problème ici – c’est le fait qu’ils l’aient choisi d’eux-même, et, pour l’immense majorité, de façon gratuite.

Ce qui est politique, c’est tout à la fois ce qui est représenté, et qui représente avec quelle volonté.

Par définition, si j’utilise la représentation d’un corps en publicité, le corps en question a été choisi par un client, la création de l’image – incluant l’expression personnelle du modèle – aura été soumise à des exigences relevant du marketing. C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne les corps nus.

Le corps nu en publicité répond principalement à deux fonctions, toutes deux remplies par des corps présentant une confirmation physique très spécifique – le “type agence” – qui est aussi ce que l’on trouve de plus proche du corps de l’industrie de la forme, concept développé par Jean-Louis Bischoff comme idéal artificiel dit parfait et, par essence, inatteignable, qui nous renvoie à notre propre imperfection. Nos propres défauts. “Comme si l’ébauche maladroite qu’est le corps n’attendait que le miracle de la science pour être enfin redressé” 

Ce corps, qu’il soit féminin ou masculin, et particulièrement sa sur-représentation, a pour double effet : d’associer le produit à un sentiment d’attirance, la norme ayant été construite comme parfaite et donc désirable, chez les consommateurs (ce qui a pour autre effet d’objectiver la nudité justement en la ramenant à ce seul effet d’attirance), et de faire culpabiliser ce même consommateur par rapport à sa propre inadéquation à cette norme ; l’objectif étant qu’en achetant ce produit, le consommateur tende à corriger cette inadéquation. Ce jeu de nourrissement du duo désir / culpabilité fonctionne très bien d’un point de vue commercial parce que la société de consommation se fonde justement sur le sentiment d’insuffisance des consommateurs : des gens parfaitement heureux et bien dans leur peau n’ont pas besoin de consommer pour compenser.

Mais, quand le corps représenté est celui d’un modèle photo, d’un modèle d’art, de toute personne posant dans un circuit alternatif en fait, alors le message envoyé est totalement différent. On peut faire de l’art avec des corps répondant aux normes préétablies par la société de l’industrie de la forme bien sûr, mais si le but de l’art est de tendre vers une forme d’universalité alors cette universalité devrait pouvoir se retrouver répercutée dans le choix de sa matière première – ici les modèles. Ce qui sous-entend que n’importe qui, quelle que soit la façon dont se présente son corps, peut être modèle photo, que ce soit pour une fois, une année ou une vie.

La réaction d’une part de la population à l’encontre des modèles, elle, est intéressante parce qu’elle nous dit précisément où le bât blesse, à quel endroit l’existence de modèles sans agences fait tension.

Quand je suis devenue modèle photo, j’ai été confrontée à beaucoup de critiques, allant de mon narcissisme supposé – qui es-tu pour oser poser sur cette photo ? – à des suppositions hasardeuses sur ma vie sexuelle. Quelques-uns de mes amis ont trouvé dérangeant de me voir prendre la pose en photo, dénudée ou non d’ailleurs, alors que j’étais “une vraie personne” de leur entourage. Une personne normale. Ergo, un mannequin, ça passe, parce qu’elles ne sont pas des personnes normales, peut-être même pas vraiment des personnes puisqu’elles ont une existence publique. En tout cas, elles faisaient partie d’une catégorie à part alors que moi, j’étais dans la même catégorie que ces amies qui, ne se donnant pas le droit de se considérer dignes d’être mises en avant en photo, me le refusaient par défaut.

Devenir modèle photo, c’est en fait d’abord faire fi des critères des agences, mais c’est surtout décider quoi faire, et de faire quelque chose, de son image. Et ce, sans avoir été choisie par une autorité dominante, la sacro-sainte agence. En tant que femme, c’est devenir pro-active dans ce qui est fait de la représentation de nos corps. C’est reprendre le pouvoir.

Et ça, au-delà du fait que cela devient une sorte de reproche aux yeux de celles et ceux qui, extérieurs à la norme qui leur a été posée et martelée, n’osent pas la remettre en question et s’assumer comme ils sont, ça ne plait pas du tout. On est en 2017 et ce sont encore principalement des hommes riches, blancs, cisgenres et âgés qui décident quel corps est acceptable et lequel ne l’est pas. La décision vient, encore et toujours, d’autres que les propriétaires des dits corps, et est prise en fonction d’intérêts qui ne sont pas les leurs.

Si j’ai commencé la photo, c’était, au départ, pour explorer comment me confronter à mon image pourrait me permettre de me sentir mieux avec celle-ci, et plus en confiance dans mon corps. Et puis j’ai réalisé que je pouvais raconter quelque chose avec ces images, que ce soit par les choix des projets dont je voulais être l’interprète ou carrément en prenant part à leur direction artistique. Enfin, j’ai réalisé que si je pouvais faire parler mon corps et son image, que si ce que j’en faisais pouvait dire des choses, alors ma pose pouvait devenir un acte militant à part entière.

Aujourd’hui je crois que le simple fait de travailler sur sa confiance en soi, dans le contexte qui est le nôtre, est devenu une forme de militantisme. Le premier pas. C’est priver cette industrie de la soumission des leviers qu’elle nous appliquait. Finalement, se mettre à poser quand on ne fait pas une taille 34 pour 1m75, qu’on n’est ni blanche ni jeune à la peau douce, c’est un acte de révolte, plus doux que de construire une barricade, mais c’est implicitement court-circuiter les ficelles de la société de consommation. Dans une société dominée par l’image, mettre la sienne en avant c’est réclamer la reconnaissance de sa légitimité à exister, telle que l’on est, sans avoir à demander la permission ou à compenser ces écarts signifiants par rapport à la norme que nous sommes devenues en achetant le produit idoine. Mais c’est aussi affirmer sa liberté à disposer de son corps, de son image, en tant qu’instruments politiques. Et c’est, enfin, contribuer à ce que la honte change enfin de camp.

Si je décide que c’est à moi de dire ce qui est acceptable ou non pour mon corps et si c’est moi aussi qui défini pourquoi ces choix, alors je fais dans le même temps un pied de nez à toutes ces cultures issues du patriarcat que sont le slut-shaming, le body-shaming, et finalement tout comportement consistant à faire sentir à une femme que, si elle subit des manques de respect dans l’espace public, c’est elle qui devrait avoir honte.

Finalement, on entend beaucoup parler de la banalisation des corps et de comment tout ça fait du mal à l’image des femmes et encourage le sexisme. C’est vrai, mais on oublie de dire que, si on banalisait les corps, tous les corps, sans toujours les ramener à l’idée de sexualité ; si on libérait les discours sur la sexualité au lieu d’encore entretenir l’idée que c’est quelque chose de sale, alors on ferait bien plus pour la cause des femmes qu’en les enfermant “pour leur bien” dans des représentations et comportements jugés acceptables. Il y a une étude menée par l’historienne Lisa Hilton qui montre que, dans l’histoire, les régressions des droits des femmes ont toujours été corrélées avec des mouvements de censure sur leurs corps dans l’art, illustrant encore la connexion intime entre la représentation des corps et le traitement politique réservé aux propriétaires des dits corps. Le jour où ce sera devenu aussi banal de voir des femmes nues dans l’art et dans la vie que de croiser des hommes torse nu à la plage, je doute que les détentrices de ces poitrines si choquantes se fassent autant insulter qu’elles le sont en ce moment.

Et, de plus en plus, je vois des modèles jusque-là minoritaires sortir de leur invisibilisation, commencer à poser, qu’ils soient en dehors des limites tracées par la norme de par leur poids, la teinte de leur peau, leur identité de genre. Et je trouve ça fantastique. Et c’est pour ça que j’ai envie qu’on se batte pour qu’il y aie une meilleure reconnaissance des modèles d’art en photographie : parce que même si ça ne suffira jamais, réclamer le droit d’occuper l’espace visuel, l’espace public, c’est marcher pour le respect de nos droits.

Et pour faire ça, il est essentiel qu’on prenne en compte la réalité du travail d’un modèle : trop de gens s’en tiennent encore à la dimension plastique de celui-ci, ou, pour le dire autrement, considèrent que le travail du modèle en photographie est simplement d’être là, généralement d’être beau, et de se comporter en matière brute attendant d’être animée par l’intention du photographe, un peu à la manière d’un Pygmalion. S’il ne faut pas oublier qu’un portrait est en réalité le portrait de deux personnes, et que le photographe n’est jamais uniquement un témoin mais raconte toujours une histoire avec les éléments de langage qui lui sont propres, le cadrage, l’angle, le choix de l’instant du déclenchement, le traitement, considérer que le rôle du modèle est purement d’être un support, c’est méconnaître la nature de la relation qui s’établit entre un photographe et son modèle.

Dire qu’un portrait est le portrait de deux personnes comme le fait Oscar Wilde est certes important, mais c’est plus que cela. Il y a un dialogue, généralement non-verbal, qui s’instaure entre les deux protagonistes de la prise de vues, l’énergie allant de l’un à l’autre et vice-versa. Ce que donne le modèle influe sur le regard du photographe qui lui-même influe sur la façon dont le modèle peut, et va, s’ouvrir. Photographier, c’est photographier un rapport, comme le rappelle François Soulages.

Tout comme le choix d’un acteur ou d’une actrice donnera une couleur différente et unique à un même personnage, écrit par un même scénariste et filmé par un même réalisateur, il est faux de croire qu’un modèle est un élément plastique interchangeable sans que cela affecte le discours de la photographie, et ceci même si le photographe est seul directeur artistique de la photo, ce qui est loin d’être systématique, parce qu’aucune interaction entre deux volontés ne ressemble à une autre.

La séance photo peut se concevoir au choix comme champ de bataille ou comme espace de collaboration, où photographe et modèle construisent une image et un discours ensemble, que ce soit de manière conjointe ou en se mesurant l’un à l’autre. Quoiqu’il en soit, la photographie finale est le résultat de ce dialogue.

Le modèle, pour habiter le cadre qui lui est donné, est obligé d’aller chercher le matériel émotionnel dont il a besoin en lui-même. Poser, ce n’est pas simplement disposer son corps dans une certaine configuration, c’est engager tout son corps dans une action et c’est utiliser des parts de son intimité émotionnelle afin de donner à voir l’intention choisie. Poser, c’est utiliser en conscience ce que Foucault appelle le corps-texte. C’est donc bien plus impliquant que simplement mettre l’image de son corps à disposition du photographe qui donne ou non ses indications, et on voit bien en quoi le dialogue entre modèle et photographe est une alchimie délicate.

Le modèle pose avec son physique, mais aussi avec son intériorité et son histoire. Si la conception traditionnelle du modèle à la merci du photographe qui aurait tout contrôle sur la séance et sur les images correspond à une réalité qui peut exister, il y a en fait autant d’interactions que d’acteurs et même que de séances photo, puisqu’au fil de la collaboration et du travail commun qui s’établissent entre eux, le rapport de confiance, la qualité du lâcher-prise, peuvent s’amplifier ou au contraire se détériorer. Un modèle est comme un acteur dont on ne gardera qu’une image du jeu, mais il est tout de même obligé d’être en jeu tout au long de la prise de vues.

Je pense que la pose et la pose indépendante cristallisent un certain nombre de problèmes présents dans notre société, qu’ils aient traits au rapport au corps, à l’image, ou plus généralement à l’autre. Je pense que l’art et la pratique artistique devraient conserver leur dimension politique et ne pas s’obliger à la neutralité ; et quand aux modèles, qu’ils soient dans une démarche de réappropriation de leur corps, de meilleure connaissance d’eux-mêmes, de catharsis ou d’engagement politique, leur statut et le regard qui leur est porté sont à examiner, ne serait-ce que par la loupe grossissante que cela nous offre.

Le vernissage

Voilà donc en fait organiser une expo c’est compliqué. Je vous le dis, je vous préviens : ça l’est.

Heureusement que, pour la release party de L’art de la pose, j’ai pu compter sur l’accueil de l’Atelier d’en face et l’aide (précieuse) de Fabien Hamm, parce que sinon vous seriez arrivés pour me trouver en PLS dans un coin et des tirages éparpillés autour de moi. Mais comme j’ai été vraiment super bien entourée par tous ces gens, ce qui vous attendait à l’entrée c’était ça :

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Oui parce qu’une release party toute simple c’est vulgaire, je voulais donc organiser une exposition éphémère pour remercier les photographes qui avaient une ou des images dans mon livre. Parce qu’il n’existerait pas sans eux non plus. La logistique étant ce qu’elle est, j’ai eu la moitié d’entre eux, mais rien ne nous empêche d’organiser d’autres événements, plus tard, et je suis déjà réellement heureuse de ce qui a été accompli.

Dans l’une de ses désormais célèbres newsletters, Anaël Verdier écrivait ceci : « Chaque fois qu’un livre n’est pas fini, chaque fois qu’un livre n’est pas diffusé, c’est une souffrance et une victoire de la peur d’exister. » J’ai rarement été aussi consciente de la vérité contenue dans ces quelques mots que ce soir.

Vingt fois dans la journée, j’ai dit « Mais sinon, on annule ». J’avais peur qu’on ne réussisse pas à tout accrocher à temps, qu’il y aie trop de monde, ou pas assez, de ne pas réussir à être à l’aise en public, de mille choses en fait, et puis mon amie Solène m’a accompagnée chercher un sandwich et tout m’a semblé plus facile.

Et c’est drôle parce que c’est il y a un an, quatre mois et une semaine que s’est terminée la levée de fonds du livre sur Kickstarter. Moins d’un an et demi. Je regarde en arrière, et je manque m’étrangler en me disant : Attends. C’est tout ? Mais j’ai l’impression qu’il s’est écoulé une demi-vie.

Je suis toujours un peu cette fille ridicule et stressée qui s’est filmée avec six mugs pour le thé différents en s’excusant d’avoir un projet d livre, mais je ressens plus que jamais à quel point les épreuves et les joies qui ont parsemé sa route l’ont rendue plus forte, et à quel point chaque manifestation de sa Résistance, chaque réticence, chaque obstacle qu’elle laissait se placer en travers de la route et sur lequel elle acceptait de perdre du temps à le dépasser (ce qui explique mon retard dans l’écriture d’ailleurs), était un symptôme de cette peur d’exister.

Et c’est grâce aux personnes qui m’ont accompagnée, à celles qui ont eu l’air de trouver que ça faisait sens que j’écrive ce livre, à celles qui y ont participé d’une façon ou d’une autre, mais aussi à vous, celleux qui sont venu•e•s à ce vernissage ou ont eu une pensée pour moi pendant cette soirée tellement spéciale que je dois de pouvoir le dire à voix haute : je n’ai plus peur à présent.

Cette victoire est dans 650g de papier imprimés en Lituanie, dans les tirages hétéroclites d’un groupe d’artistes que j’aime sincèrement. Mais pas seulement.

Elle est aussi dans les cheveux trempés des amis qui ont bravé la pluie battante et la traversée du périphérique pour venir.

Elle est dans les regards et les mots tellement bienveillants des inconnus venus parce que ça leur semblait valoir la peine.

Elle est dans ce moment d’incompréhension – Attends. Il y a cinquante personnes autour de moi et je me sens quand même heureuse et à l’aise. Quoi ?

Elle est dans les morceaux de passé qu’on ne s’attendait pas à trouver là et avec qui on s’aperçoit qu’on a fait la paix.

Elle est dans la surprise de voir les gens des autres mondes et les petits mots par SMS et les grands yeux bleus qui surmontent des lèvres qui nous disent des choses qui nous font plaisir autant qu’on a envie de les fuir, cachés qu’on est derrière la palette d’expressions qui dit « hein euh mais merci mais je ne sais pas quoi dire et tu exagères enfin », et dans notre effort pour rester et affronter ça.

Elle est dans cet espèce de mouvement de plénitude qu’on appelle le bonheur.

On croit qu’on a réalisé pleinement ce qui s’était passé et soudain notre niveau de conscience des choses s’accroît, s’aiguise, fait un bond en avant.

Alors allez, et faites des erreurs glorieuses, intéressantes et merveilleuses. (*)

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Les photos de cet article ont été prises par mon ami Fenriss ❤
Merci à toi !